La Chapelle de Notre-Dame de la Salette à Vuisternens-en-Ogoz/Suisse
Eugène Picard
L’abbé Eugène Picard est l’initiateur et le constructeur de la Chapelle de la Salette à Vuisternens-en-Ogoz (canton de Fribourg). Il est né dans le Dauphiné, en France en 1880. Il est ordonné prêtre en 1904. Missionnaire de Notre-Dame de la Salette, il est nommé curé de la Paroisse de Vuisternens-en-Ogoz en 1933 et le restera jusqu’en1958. La congrégation religieuse des Missionnaires de la Salette s’emploie à la réconciliation dans le monde et à la diffusion du message de la Vierge Marie lors de son apparition le 19 septembre 1846 à deux jeunes bergers Mélanie et Maximin à la Salette en Isère.
C’est en 1947 que l’abbé Picard rêve d’ériger une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette. Comment réaliser ce rêve ? Il fait partage de son idée et trouve une oreille attentive auprès des membres du Conseil paroissial et de la population. Les dons nécessaires à cette réalisation ne tardent pas à arriver et, dès le début 1949, on songe sérieusement à son exécution. Un comité est constitué et décidera au fur et à mesure de l’arrivée de fonds nécessaires la suite des travaux. Il faut tout d’abord trouver l’emplacement : attractif, agréable, invitant au recueillement, accessible, mais isolé comme il convient à une « Salette ». La population désire que ce sanctuaire dédié à Marie domine le village afin de le mettre sous la protection de la sainte Vierge. Le choix s’arrête assez vite sur un ravissant petit coin en lisière de forêt et dominant une large partie du canton de Fribourg. Ce lieu est proche du chemin qui mène à la Tour du Gibloux. Mais le terrain choisi appartient à la commune et l’Evêché souhaite que la chapelle soit bâtie sur un terrain paroissial. Cette difficulté a été très vite résolue : l’assemblée communale donne le terrain convoité à la paroisse.
La chapelle de La Salette en quelques dates
- En mai 1949 : le projet de l’architecte Albert Cuony de Romont est proposé à la Paroisse. En juin, il envoie les demandes de soumissions et prix des matériaux.
- En décembre 1949 : les autorisations cantonale et épiscopale sont données pour le début des travaux. A cause du froid de cette période, on renonce à démarrer avant le printemps.
- En mars 1950 : les travaux peuvent commencer. Soubassements en tuf par l’entreprise de la Tuffière. Les travaux sont exécutés en grande partie par la population de Vuisternens. Les terrassements et les fondations sont effectués par les paroissiens. Les frais sont ainsi réduits à leur minimum : quelques mètres cubes de gravier, du sable et un peu de ciment. Encouragés par ce premier succès, la construction des murs est confiée à M. Pipoz de La Tour-de-Trême. Lors de la réception de la facture, le comité a eu l’heureuse surprise de voir le coût bien diminué. En effet, M. Pipoz a offert les transports et les honoraires pour la Chapelle. La charpente est réalisée par l’entreprise Antonin Grand, maître charpentier. Ses ouvriers ont offert bénévolement leurs après-midis du samedi. Il reste à faire le pavage. Pour ce travail, les garçons de l’école ont été convoqués pour ramasser les cailloux dans le Gibloux, sous la surveillance de leur instituteur. Ils ont été aidés par de nombreuses autres petites mains. Pendant que la cueillette se faisait dans le Gibloux, quatre garçons, sous la conduite d’un contremaître improvisé, placent chaque caillou à la main. Le cimentier n’avait plus qu’à couler un peu de mortier clair pour lier le tout. Les murs élevés, le toit placé et le pavé exécuté, il restait à s’occuper de l’autel. Mais les fonds manquent. Alors les jeunes gens et les jeunes filles de la paroisse décident de jouer une pièce de théâtre : Bernadette devant Marie de Ghéon. La recette est destinée à payer l’autel.
- Avril 1950 : Malgré la bonne volonté des paroissiens, en avril, les travaux sont suspendus par manque de fonds. L’Abbé Picard s’adresse alors au Conseiller d’Etat Maxime Quartenoud. Ce dernier lui répond positivement. Le Supérieur Général des Missionnaires de la Salette est venu nous rendre visite. Lors de sa visite il a eu même fait la politesse de l’appeler « un petit bijou ».
- En juillet 1950 : Commande de 5 statues :3 vierges, 2 enfants, 1 vierge couronnée, chez l’ entreprise spécialisée Vermare à Lyon, en France
- En septembre, installation de l’autel.
- En août 1951 : réception des statues venues de France, pour une reconstitution de l’apparition de la Vierge aux deux bergers. Le terrain s’y prêtant, on décide de reproduire les lieux de l’Apparition, comme celui d’origine à la Salette près de Grenoble, avec les trois statues traditionnelles représentant les trois phases de l’Apparition. Ces trois statues ont été posées et quatorze croix en marquent le trajet.
- En avril 1952 : Tricentenaire de la Paroisse, bénédiction et consécration de la Chapelle par le prévôt de St. Nicolas, Mgr Schönenberger, remplaçant de l’évêque François Charrière. En cette journée mémorable, une immense procession d’hommes, de femmes et d’enfants vient du village pour célébrer ce moment.
- 1953 : autorisation de l’Evêché pour une célébration de la messe une fois par année, le premier dimanche de septembre.
- 1954 : demande pour un agrandissement de la Chapelle. Les célébrants se tiennent dans la chapelle, tandis que les participants se tiennent à l’extérieur sur des bancs vétustes.
- 2 septembre 1958 : le Conseil paroissial apprend que l’Abbé Picard quittera ses fonctions pour raisons de santé.
- 19 novembre 1958 : nomination du nouveau curé du village, Monsieur l’Abbé Louis Overney. Le 4 décembre c’est la réception du nouveau prêtre, à l’église.
- 1958 : des artisans du village et des alentours participent à l’agrandissement de la Chapelle :
- Maçonnerie : Entreprise Henri Droux, Vuisternens-en-Ogoz, et Sciboz Le Bry
- Charpente : Entreprise Jean Grand
- Serrurerie et fer forgé : Louis Dafflon, maréchal-ferrant
- Ferblanterie : Pasquier et Liaudat
- Tuiles : Tuilerie de Corbières
- 1962 : Agrandissement de la Chapelle
- 1964 : Décès de l’Abbé Picard à l’hôpital des Bourgeois, Fribourg. Il repose aujourd’hui à Vuisternens-en-Ogoz.
- 1965 : Pose des vitraux de la Chapelle par l’entreprise Rody et Fleckner. L’artiste reste inconnu. Aucun nom n’a été trouvé dans les archives. Nous supposons qu’il s’agit de Yoki ou de son école.
- 2002 : Grâce à la générosité des Amis de la Chapelle de la Salette, les premières statues datant de 1951, usées par le temps, ont pu être remplacées par de nouvelles sculptures en marbre blanc de Carrare.
- 2012 : Pour le 60ème anniversaire de la construction de la chapelle, Francis Marro, ancien directeur du Chœur-mixte, magnifie dans un chant poétique : « Une chapelle », ce lieu tranquille près de la forêt, apprécié des habitants de la région.
Un lieu fort
De cet endroit, le regard embrasse la campagne, véritable patchwork de couleurs, pour s’arrêter à la chaîne du Jura qui nous invite à passer les frontières et rêver d’ailleurs. Le Gibloux est aussi un point culminant, un repère, une boussole avant d’aborder les Préalpes fribourgeoises. La Chapelle est un lieu magnifique au bord de la forêt. Beaucoup de gens s’y arrêtent pour allumer une bougie, pour une prière en écoutant les chants des oiseaux, pour confier à la Vierge Marie les soucis de la vie de tous les jours, pour garder l’espoir au moment de la peine ou pour simplement dire merci pour les bons moments.
Continuons à préserver ce lieu comme l’initiateur le souhaitait et que cette chapelle reste un lieu de rencontre qui donne force et espoir aux visiteurs dans les moments de peines ou de joie.